Concours Lépine : ce que j'y ai appris sur l'innovation
Médaille d'or au Concours Lépine avec MyMusicTeacher, puis un marché pris par un concurrent plus gros : ce qu'un concours apprend vraiment à une startup.

Sommaire · 11 sections
Une médaille d'or au Concours Lépine, quatorze concours gagnés, une levée de 200 000 euros, un stand à la Foire de Paris. Sur le papier, les années 2015 et 2016 de MyMusicTeacher ressemblent à la trajectoire parfaite d'une jeune startup. Quelques années plus tard, un concurrent avec beaucoup plus de moyens dominait le marché de l'apprentissage musical en ligne, et j'étais passé à autre chose.
Les deux histoires sont vraies en même temps. Et c'est justement leur cohabitation qui m'a appris ce qu'un concours d'inventeurs peut apporter à une startup, et ce qu'il ne lui apportera jamais.
J'ai déjà raconté mon parcours de la guitare au cinéma IA dans les grandes lignes. Ici, je m'arrête sur un seul épisode, le Concours Lépine, parce qu'on me pose régulièrement la question sous deux formes : « est-ce que ça vaut le coup de présenter ma startup ? » et « qu'est-ce que la médaille a changé pour toi ? ». Les réponses honnêtes sont plus nuancées que ce que le discours marketing d'un concours laisse entendre.
Le Concours Lépine, concrètement
Beaucoup de créateurs confondent le Concours Lépine avec un concours de pitch pour startups. Ce sont deux mondes, et la confusion coûte cher si tu t'inscris au mauvais.
Le Concours Lépine est né en 1901. Louis Lépine, alors préfet de police de la Seine, le crée d'abord sous le nom d'Exposition des jouets et articles de Paris, avec deux objectifs assez terre à terre : aider les petits fabricants de jouets parisiens face à la concurrence allemande, et canaliser les marchands ambulants qui encombraient la rue. La première édition rassemble 370 candidats et plus de 700 inventions. Le nom Concours Lépine arrive en 1902, et le concours s'installe à la Foire de Paris à partir de 1929, où il se tient encore aujourd'hui. Tout cela est documenté sur la page Wikipédia du Concours Lépine, qui liste aussi les inventions récompensées devenues des objets du quotidien : le stylo à bille, le fer à repasser à vapeur, les lentilles de contact, le moulin à légumes Moulinex en 1931.
L'organisateur est une association loi 1901, l'Association des Inventeurs et Fabricants Français (AIFF). Sur le site officiel du concours, trois règles sautent aux yeux si tu envisages d'y aller :
- Un titre de propriété industrielle est obligatoire. Le règlement est explicite : une invention non protégée ne peut pas prétendre à une participation.
- L'adhésion à l'association est obligatoire pour tous les participants.
- Le jury évalue sur place, pendant le salon, avec une cinquantaine de membres bénévoles. Les récompenses sont honorifiques, des labels de légitimité, pas des chèques.
À côté de l'édition internationale de Paris, il existe une édition européenne, qui se tient à Strasbourg dans le cadre de la Foire européenne. C'est là que MyMusicTeacher a décroché sa médaille d'or, avant d'aller concourir à Paris l'année suivante.
Pour l'édition à venir, la 126e, le site annonce des dates du 30 avril au 10 mai 2027 à Paris Expo Porte de Versailles, avec des inscriptions ouvertes le 30 septembre 2026. Les inventions sont réparties en six univers thématiques, dont un « univers connecté » qui accueille les objets connectés, les applications et les logiciels. C'est dans cette logique qu'une plateforme d'apprentissage de la guitare avait sa place au milieu d'objets mécaniques.
MyMusicTeacher au Concours Lépine : les faits, sans enjolivage
Je tiens à raconter cet épisode avec les faits documentés plutôt qu'avec ma mémoire, parce que la mémoire d'un fondateur arrange toujours un peu l'histoire.
MyMusicTeacher, je l'ai lancée en 2014 à Sarrebourg, en Moselle, avec Antonin Kalk, un ami de lycée avec qui j'avais fait un DUT informatique avant qu'il parte en école d'ingénieur et moi vers l'audiovisuel et le design. Le principe : des cours de guitare en ligne où l'application écoute ce que tu joues, détecte et reconnaît les notes, et te corrige immédiatement. La différence avec un tuto YouTube tenait à ça : la vidéo ne sait pas si tu as joué juste, l'application le savait. Après une période d'essai gratuite, l'abonnement allait de 9,90 à 19,90 euros par mois.
En novembre 2015, Le Journal des Entreprises annonce la levée de 200 000 euros auprès de treize investisseurs, dont une partie du Fonds venture numérique lorrain et l'association de business angels Yeast. Le même article donne la photo du moment : deux fondateurs de 24 ans, une équipe de cinq personnes installée à la pépinière Synergie de Sarrebourg, environ 70 000 euros de prêts et subventions obtenus auparavant, et quatorze concours gagnés, dont une médaille d'or au Concours Lépine.
Au printemps 2016, le PeeL, pôle entrepreneuriat étudiant de Lorraine, écrit que l'équipe participe au Concours Lépine 2016 à la Foire de Paris, avec une application désormais disponible sur mobile et sur ordinateur.
Voilà le socle. Médaille d'or à l'édition européenne en 2015, stand à Paris en 2016, levée de fonds entre les deux. Ce qui suit, ce sont mes conclusions, dix ans plus tard, avec le recul de quelqu'un qui a depuis construit AI Studios, ScreenWeaver et Imaginode, et qui a vu passer beaucoup de créateurs tentés par les concours.
Leçon 1 : un jury évalue une invention, un client achète une solution
Sur un stand, la démo était simple : tu joues une note, l'écran te dit si elle est juste. Pour un jury d'inventeurs, c'est exactement ce qu'il faut. La nouveauté technique est visible, elle se démontre en dix secondes, elle se compare facilement au tuto vidéo classique qui, lui, n'entend rien. La médaille récompense ça : une idée protégée, un prototype qui fonctionne, une démonstration convaincante.
Un client, lui, n'achète pas la détection de notes. Il achète le fait de savoir jouer un morceau devant ses amis dans trois mois. La reconnaissance audio est un moyen, et un moyen qui ne l'intéresse que le jour où il bloque sans savoir pourquoi. Les critères du jury et ceux du client se recoupent en partie, mais le centre de gravité est différent : le jury regarde l'objet, le client regarde sa propre vie.
Cette distinction paraît évidente écrite comme ça. Dans la pratique, quand tu enchaînes les concours, tu finis par optimiser ton produit pour la démonstration. Le pitch se resserre autour de la fonctionnalité spectaculaire, la roadmap suit, et tu t'éloignes doucement des trucs ingrats qui font qu'un abonné reste au mois quatre : la progression pédagogique, les rappels, le catalogue de morceaux, la qualité du son sur un micro d'ordinateur portable premier prix.
💡 Le cut de Frank : Avant de présenter un produit à un jury, écris sur une feuille la phrase que le jury va retenir, puis la phrase qu'un client dirait à un ami pour le recommander. Si ce sont deux phrases très différentes, tu sais déjà où va ton énergie ces prochains mois, et ce n'est pas au concours.
Leçon 2 : la médaille achète de la crédibilité, pas des clients
La médaille d'or n'a pas fait venir un seul abonné, à ma connaissance, et c'est là que les récits de fondateurs dérapent le plus souvent. Personne ne cherche « cours de guitare en ligne » et ne choisit une application parce qu'elle a un logo de concours d'inventeurs sur sa page d'accueil. Le grand public ne connaît pas le palmarès du Concours Lépine, et il a raison, ce n'est pas son rôle.
En revanche, la médaille a changé la façon dont des interlocuteurs qui ne sont pas des clients nous regardaient. Une presse régionale qui accepte d'écrire sur toi. Une pépinière qui te suit. Des investisseurs qui reçoivent un dossier avec une ligne « médaille d'or au Concours Lépine, quatorze concours remportés » et qui lisent le dossier jusqu'au bout au lieu de le classer. Je ne peux pas te dire quelle part de la levée de 200 000 euros revient à cette ligne, personne ne peut. Mais je sais que dans l'ordre des événements, la médaille est arrivée avant la levée, et qu'à 24 ans, chaque signal externe de sérieux comptait double.
C'est le vrai usage d'un concours pour une startup : un accélérateur de crédibilité auprès des gens qui décident de te donner du temps ou de l'argent, à un stade où tu n'as pas encore de chiffres pour convaincre. Dès que tu as des chiffres, la médaille passe en note de bas de page.
| Ce que tu cherches | Concours d'inventeurs (Lépine) | Concours de pitch startup | Levée de fonds | Le marché |
|---|---|---|---|---|
| Qui juge | Jury bénévole d'inventeurs et d'experts | Jury d'investisseurs et d'entrepreneurs | Investisseurs | Des clients qui paient |
| Ce qui est évalué | La nouveauté et la démonstration, objet protégé | Le marché, l'équipe, la traction | Le potentiel de retour | Le service rendu, au prix demandé |
| Ce que tu obtiens | Un label honorifique, une visibilité salon, de la presse | Parfois une dotation, un réseau, de la presse | De l'argent et des obligations | Du chiffre d'affaires et des retours utilisables |
| Coût réel | Adhésion, stand, protection PI, plusieurs jours sur place | Temps de préparation, déplacements | Des mois de process et une dilution | Tout ton temps |
| Bon moment | Avant d'avoir des chiffres, produit démontrable | Idem, avec une histoire de marché | Quand tu sais quoi faire de l'argent | Toujours |
Leçon 3 : quatorze concours, c'est un signal d'alarme
Quatorze concours en un peu plus d'un an d'existence. À l'époque, c'était une fierté, et un argument. Avec le recul, c'est surtout la mesure du temps qu'on a passé à préparer des dossiers, des pitchs et des stands plutôt qu'à parler à des abonnés. Un concours, ce n'est jamais une journée. C'est le formulaire, le dossier, la vidéo de présentation, les allers-retours, le trajet, la présence sur place, le suivi derrière. Multiplie par quatorze.
Les concours ont une propriété dangereuse : ils rendent tout de suite. Tu présentes, tu gagnes, tu as une récompense, une photo, un article. Le produit, lui, ne rend rien pendant des mois. Quand tu es un jeune fondateur qui doute, le cerveau va naturellement vers la source de gratification la plus rapide. Participer n'était pas une erreur. Au troisième ou quatrième, la question à se poser était : qu'est-ce que ce concours apporte que le précédent n'a pas déjà apporté ?
La réponse honnête, pour la majorité d'entre eux, aurait été « rien de nouveau ». Une médaille d'or au Concours Lépine et deux ou trois prix ciblés auraient produit la même crédibilité. Le reste, c'était de la gratification, pas de la stratégie.

Capture de la page concours-lepine.com/inscriptions, section « Les informations importantes » de l'édition 2027, relevée le 14 septembre 2026.
Leçon 4 : la démo qui marche sur un stand n'est pas le produit qui marche à la maison
Un stand est un environnement contrôlé. Tu as choisi la guitare, le micro, l'ordinateur, la distance, et tu connais l'exercice par cœur. Tout produit qui repose sur du temps réel, de l'audio, de la vision ou aujourd'hui de la génération IA, brille dans ces conditions.
À la maison, l'abonné a une guitare à cent euros mal accordée, le micro intégré d'un portable, une télé allumée dans la pièce, et il joue un morceau que tu n'as jamais testé. Le produit qui a séduit un jury doit maintenant tenir dans ce désordre. Toute la valeur se construit là, dans l'écart entre la démonstration et l'usage réel, et cet écart, aucun jury ne peut le voir.
Je retrouve exactement ce mécanisme aujourd'hui dans la vidéo IA. Une démo de générateur sur scène est toujours spectaculaire. Le créateur qui achète l'abonnement découvre ensuite la continuité des personnages qui casse, les mains, la lumière qui change entre deux plans. Ce que j'enseigne dans AI Studios tient en grande partie dans cet écart. Et ce que j'ai voulu construire avec ScreenWeaver, un outil d'écriture qui relie le scénario au storyboard, c'est précisément un outil pour le travail ingrat entre la belle démo et le film terminé.
💡 Le cut de Frank : Si tu prépares un stand ou un pitch, garde une démo « sale » dans ta manche : mauvais micro, mauvaise lumière, entrée imprévue. Fais-la tourner devant le jury si tu le sens. Un jury qui voit ton produit encaisser un cas dégradé retient bien plus qu'un jury qui voit une démo parfaite. Et si ta démo sale ne tient pas, tu viens d'apprendre quelque chose que la médaille ne t'aurait jamais dit.
Leçon 5 : l'invention ne gagne pas contre la distribution
Le Concours Lépine, par construction, récompense l'invention. C'est sa raison d'être depuis 1901 et c'est très bien ainsi. Mais le marché de l'apprentissage musical en ligne n'a pas été gagné par le produit le plus ingénieux. Il a été pris, comme je le raconte dans mon parcours, par un concurrent avec des moyens que nous n'avions pas : budget, distribution, notoriété. Rien dans une médaille ne protège de ça. Un brevet ou un titre de propriété industrielle protège une idée technique précise, pas une position sur un marché, et encore moins un accès aux clients.
Je n'ai pas vécu ça comme une injustice. C'est une mécanique classique, et le plus utile est de la reconnaître tôt. Quand tu as une invention et que tu affrontes un acteur avec dix fois ta capacité de distribution, tu as trois options : trouver une niche qu'il ne servira jamais, te faire racheter, ou te faire dépasser. Les concours ne t'aident sur aucune des trois. Ils te font juste croire, un peu plus longtemps, que la qualité de l'idée suffira.
C'est aussi pour ça que, sur mes projets suivants, j'ai inversé l'ordre. Business Dynamite a commencé par l'audience, pas par le produit. AI Studios est né d'une communauté de créateurs qui posaient les mêmes questions, et le programme a été construit pour ces questions. Et quand j'ai construit Imaginode, un canvas IA pour mes élèves, les premiers utilisateurs existaient avant la première ligne de code. La distribution d'abord, l'invention ensuite. Le Concours Lépine m'a appris ça à l'envers, mais il me l'a appris.
Ce que j'en fais aujourd'hui, des festivals de films IA aux outils
On pourrait croire que cet épisode appartient à une autre vie. Il se rejoue pourtant à chaque fois qu'un créateur me demande s'il doit envoyer son court-métrage IA à des festivals.
La logique est la même qu'au Concours Lépine, poste pour poste. Un festival est un jury qui évalue un objet fini selon ses propres critères. Une sélection ou un prix apporte de la crédibilité auprès de gens qui ne sont pas ton public : la presse, des producteurs, des marques, des plateformes. Cela n'apporte pas de spectateurs par lui-même. J'ai détaillé les barèmes publiés par plusieurs festivals dans ce que les jurys des festivals de films IA regardent vraiment, et la conclusion rejoint celle de cet article : soumets là où le prix a une valeur d'usage pour la suite de ton projet, pas là où il flatte.
Avec VOIDBORN, j'ai appliqué la règle que je n'avais pas appliquée avec MyMusicTeacher. Une vingtaine de soumissions ciblées, des prix au Seoul International AI Film Festival, au Hollywood Indie Festival et à l'Australian AI Festival, et une liste que je n'ai pas cherché à allonger pour le plaisir. Ces lignes servent dans un dossier de presse ou une discussion avec une marque. Elles n'ont jamais été un objectif en soi.
Sur les outils, c'est le même réflexe. Pour ScreenWeaver comme pour Imaginode, le signal de crédibilité qui compte est déjà là : des utilisateurs qui paient, et des retours d'élèves que je peux lire chaque semaine. Quand tu as ça, un jury n'a plus rien à t'apprendre que tes clients ne t'aient déjà dit, en plus précis.

Capture de l'article « Lorraine : My Music Teacher lève 200.000 € » sur lejournaldesentreprises.com, publié le 25 novembre 2015, relevée le 14 septembre 2026.
Faut-il présenter ta startup au Concours Lépine ? Ma grille de décision
Cinq points à vérifier, dans l'ordre.
- As-tu un titre de propriété industrielle ? Sans ça, la question ne se pose pas, le règlement l'exige. Si tu n'en as pas encore, le coût et le délai d'un dépôt entrent dans le calcul, et ils ne se justifient pas uniquement pour un concours.
- Ton produit se démontre-t-il en dix secondes sur un stand ? Le Concours Lépine est un salon grand public, avec des visiteurs qui passent et un jury qui évalue sur place. Une plateforme dont la valeur se voit après trois semaines d'usage y est désavantagée par rapport à un objet qu'on manipule.
- Qui a besoin de voir la médaille ? Liste les interlocuteurs concrets : une banque, un investisseur, une pépinière, un journaliste régional. Si la liste est vide ou si ces gens sont déjà convaincus, le concours ne changera rien.
- Combien de jours cela coûte, tout compris ? Adhésion, stand, déplacement, présence pendant le salon, préparation. Compare ce nombre de jours à ce que les mêmes jours produiraient passés avec des clients.
- Est-ce ton premier concours ou ton dixième ? Le premier apporte beaucoup. Le dixième apporte surtout de la gratification. Sois honnête sur lequel tu es en train de préparer.
Si tu coches les cinq, va-y, et prépare ton stand comme un vrai point de contact : une démo propre, une démo sale, une façon simple de récupérer les coordonnées des visiteurs intéressés, et un plan pour exploiter la presse locale la semaine suivante. Si tu en coches deux ou trois, garde le temps et l'argent pour tes clients.
| Étape | Édition internationale Paris (126e) | Ce que ça implique pour toi |
|---|---|---|
| Ouverture des inscriptions | 30 septembre 2026 | Titre de PI et adhésion AIFF prêts avant |
| Salon et évaluation par le jury | 30 avril au 10 mai 2027, Paris Expo Porte de Versailles | Présence sur le stand, démo répétée |
| Catégories | Six univers dont « univers connecté » (applications, logiciels) | Vérifie que ton produit rentre dans un univers |
| Exclusions | Diététique, alimentaire, pharmaceutique, militaire | Élimine ces domaines d'office |
Les dates et conditions ci-dessus viennent de la page d'inscription officielle au moment où j'écris. Vérifie-les directement avant de t'engager, un règlement peut changer d'une édition à l'autre.
Ce que je retiens vraiment de cette médaille
Je ne regrette pas d'avoir présenté MyMusicTeacher au Concours Lépine. La médaille a fait son travail : elle a ouvert des portes à un moment où nous n'avions rien d'autre à montrer que des idées et un prototype. Elle a probablement pesé, avec le reste, dans la confiance de treize investisseurs. Et elle m'a appris à lire la différence entre un jury et un marché, une compétence que j'utilise encore chaque semaine, dans les festivals de films IA comme dans la façon de construire un outil.
Ce que je regrette, c'est le temps passé à collectionner des prix après le premier. Et ce que j'aurais aimé qu'on me dise, c'est la phrase que je te laisse : un concours répond à la question « est-ce que ton idée est bonne ? », le marché répond à la question « est-ce que quelqu'un en veut assez pour payer ? ». Seule la deuxième te fait vivre.
Si tu veux la version longue de ce parcours, de la guitare aux films IA, elle est sur la page à propos. Et si tu prépares toi-même un dossier de presse ou un pitch et que tu veux voir comment je présente ce genre de faits sans les gonfler, la page presse montre la version que j'envoie aux journalistes.
Foire aux questions
Réponses rapides aux questions les plus fréquentes sur cet article.
Le Concours Lépine est-il fait pour les startups ou seulement pour les inventeurs ?
Les deux, à condition de respecter le règlement. Le concours accepte les inventeurs indépendants, les startups et les entreprises, avec des statuts distincts selon que l'invention est déjà commercialisée ou non. Il existe même un univers thématique dédié aux objets connectés, aux applications et aux logiciels, ce qui a permis à une plateforme d'apprentissage de la guitare comme MyMusicTeacher d'y concourir. La contrainte qui bloque le plus souvent une startup logicielle est le titre de propriété industrielle obligatoire : un produit web sans protection ne peut pas participer. Il faut donc anticiper ce dépôt bien avant l'ouverture des inscriptions, et vérifier que le coût se justifie au-delà du concours.
Qu'est-ce que la médaille d'or du Concours Lépine a concrètement apporté à MyMusicTeacher ?
De la crédibilité auprès de gens qui n'étaient pas nos clients. Elle a facilité la couverture par la presse régionale, le suivi par la pépinière de Sarrebourg, et elle figurait dans le dossier présenté aux investisseurs avant la levée de 200 000 euros annoncée en novembre 2015. Je ne peux pas chiffrer sa contribution exacte à cette levée, et je me méfie de ceux qui prétendent le faire. En revanche, je n'ai constaté aucun effet mesurable sur les abonnements : le grand public ne choisit pas une application de guitare en fonction d'un palmarès de concours d'inventeurs. La médaille a servi en amont, jamais en aval.
Combien coûte une participation au Concours Lépine ?
Le site officiel ne publie pas de grille tarifaire sur sa page d'inscription au moment où j'écris, donc je ne donnerai pas de chiffre. Ce qui est certain, d'après le règlement et la page Wikipédia du concours, c'est que la participation implique une adhésion obligatoire à l'association organisatrice, la location d'un emplacement sur le salon, un titre de propriété industrielle valide et une présence sur place pendant la durée de l'évaluation, qui se fait pendant le salon. Le coût le plus lourd, dans mon expérience, ce sont les jours passés à préparer et à tenir le stand, bien plus que la facture, et il faut les mettre en face du temps que tu ne consacres pas à tes clients.
Un concours peut-il remplacer une étude de marché ?
Non, et c'est l'erreur la plus fréquente que je vois chez les jeunes fondateurs. Un jury évalue une invention selon ses propres critères : nouveauté, qualité de la démonstration, protection de l'idée. Un client évalue une solution à son problème, à un prix donné, dans les conditions désordonnées de sa vie réelle. Les deux évaluations se recoupent en partie, mais gagner la première ne dit presque rien sur la seconde. MyMusicTeacher a remporté quatorze concours et a fini dominée par un concurrent mieux distribué. La seule étude de marché fiable reste la même : des gens qui paient, qui restent, et qui recommandent le produit à d'autres.
Pourquoi un concurrent plus gros a-t-il pu dominer malgré la médaille et le brevet ?
Parce qu'un titre de propriété industrielle protège une solution technique précise, pas une position sur un marché ni l'accès aux clients. Sur l'apprentissage musical en ligne, l'acteur qui a pris le marché avait un budget, une notoriété et une distribution que nous n'avions pas. Face à ça, une invention ingénieuse ne suffit pas : il faut soit une niche que le gros acteur ne servira jamais, soit une distribution comparable, soit un rachat. Aucun concours n'apporte l'un de ces trois éléments. C'est la raison pour laquelle, sur mes projets suivants, j'ai construit l'audience avant le produit, avec Business Dynamite puis AI Studios.
Quel est le bon moment pour présenter un produit au Concours Lépine ?
Avant d'avoir des chiffres, et une seule fois. Le concours a le plus de valeur quand ton produit se démontre mais que tu n'as pas encore de traction à montrer à une banque, un investisseur ou un journaliste. La médaille remplace alors, provisoirement, les preuves que tu n'as pas. Dès que tu as des abonnés, du chiffre d'affaires ou des retours clients solides, ces éléments convainquent bien mieux qu'un label honorifique. Et enchaîner les concours après le premier apporte surtout de la gratification : c'est l'enseignement que je tire des quatorze concours de MyMusicTeacher, dont deux ou trois auraient produit la même crédibilité.
Ces leçons s'appliquent-elles aux festivals de films IA ?
Point par point. Un festival est un jury qui évalue un objet fini selon ses critères, et une sélection ou un prix apporte de la crédibilité auprès de la presse, des producteurs et des marques, pas des spectateurs par lui-même. Avec VOIDBORN, j'ai fait une vingtaine de soumissions ciblées, obtenu des prix au Seoul International AI Film Festival, au Hollywood Indie Festival et à l'Australian AI Festival, puis j'ai arrêté d'envoyer le film pour allonger la liste. Ces lignes servent dans un dossier ou une discussion commerciale. Le film, lui, doit trouver son public ailleurs, et c'est ce travail-là qui compte une fois le palmarès établi.
À voir sur ma chaîne
Je décortique ce genre de workflow en vidéo sur ma chaîne YouTube Business Dynamite.
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