Cinéma IA : va-t-il remplacer les tournages ? Mon avis
Ce que l'IA a déjà remplacé sur les plateaux, ce qu'elle ne remplace pas en 2026, et mon pari pour 2030, plan par plan et avec les chiffres.

Sommaire · 10 sections
Un producteur m'a posé la question à la fin d'une formation, en rangeant son ordinateur. « Dans cinq ans, on tourne encore ? » Il ne cherchait pas un débat. Il avait deux longs métrages en développement, un plan de financement à boucler, et il voulait savoir s'il investissait dans un métier ou dans un souvenir.
Je lui ai répondu ce que je vais détailler ici : la question est mal posée, et c'est justement pour ça qu'elle fait peur. « Le tournage » n'existe pas comme un bloc. Un tournage, c'est une centaine de décisions d'achat, plan par plan, et l'IA en a déjà remplacé certaines sans que personne ne le remarque dans la salle. D'autres résistent, et pour des raisons qui n'ont rien à voir avec la qualité de l'image.
Cet article donne mon avis. Il s'appuie sur ce que les studios ont réellement fait en 2025 et 2026, sur les textes qu'ils ont signés, et sur ce que je vois passer dans mes propres projets. Là où je parie, je le dis.
Un tournage, ce sont quatre achats différents
Quand un producteur paie une journée de plateau, il achète en réalité quatre choses distinctes, et il ne les paie pas toutes au même prix.
Il achète d'abord une performance dirigée. Une actrice, un réalisateur à un mètre d'elle, trente prises pour obtenir le regard qui fait basculer la scène. C'est le poste qui coûte le plus cher en temps et en salaires, et c'est celui pour lequel le public paie sa place.
Il achète ensuite un lieu. Un appartement haussmannien, une usine désaffectée, une plage à marée basse un mardi de novembre. Le lieu se loue, se sécurise, et impose ses horaires.
Il achète une physique. La lumière qui tombe sur une peau, la poussière soulevée par une voiture, le bruit d'une porte qui claque dans une cage d'escalier. Tout ce qui obéit à des lois que personne n'a besoin de décrire parce qu'elles se produisent toutes seules.
Il achète enfin un accident. La prise où le comédien se trompe et trouve mieux, la lumière qui change parce qu'un nuage passe, le chien du voisin qui entre dans le champ. Le cinéma vit de ça depuis cent ans et aucun cahier des charges ne le prévoit.
Je vais utiliser cette grille d'un bout à l'autre, parce que l'IA n'attaque pas ces quatre achats de la même manière. Elle remplace très bien le lieu et une partie de la physique. Elle a énormément de mal avec la performance dirigée. Et sur l'accident, elle produit autre chose, qui n'est pas moins intéressant mais qui n'est pas la même chose.
Ce que l'IA a déjà remplacé, avec les preuves
Netflix : un immeuble qui s'effondre dans une série à 15 millions
En juillet 2025, Ted Sarandos a confirmé lors de la présentation des résultats trimestriels de Netflix que la série argentine El Eternauta contenait un plan entièrement généré par IA : l'effondrement d'un immeuble de Buenos Aires, dans l'épisode 6. Selon lui, la séquence a été produite environ dix fois plus vite qu'avec un pipeline d'effets visuels classique, et le coût des effets sans IA « n'aurait pas été faisable pour une série de ce budget ». Il a insisté sur le fait que ce travail avait été fait par de vraies personnes avec de meilleurs outils. Le détail est dans le compte rendu de TechRadar.
Passe ce plan dans ma grille. Un lieu, une physique. Aucun visage, aucune performance dirigée, aucun accident recherché. Le plan qui a fait la une n'a remplacé aucun acteur ni aucune journée de plateau. Il a remplacé un devis d'effets visuels que la production n'aurait de toute façon pas payé.
House of David : 73 plans, puis 253
La série biblique House of David, produite par Wonder Project pour Amazon, est le cas le plus précis que je connaisse. Saison 1, 73 plans avec de l'IA générative sur environ 850 plans d'effets visuels. Saison 2, sortie en octobre 2025, 253 plans générés. La production employait 600 personnes, et le créateur Jon Erwin a listé ses outils : Midjourney, Runway, Kling, Magnific, Topaz, combinés à After Effects et Unreal Engine. Les chiffres et la liste viennent de l'analyse de VP Land publiée à la sortie de la saison 2.

Capture de l'article VP Land « House of David Season 2 Used 253 AI-Generated Shots », relevée le 19 septembre 2026.
Ce qui a été généré, d'après la même source : des gros plans de chevaux qui chargent vers la caméra, des plans larges de bataille où des figurants réels sont mêlés à des foules générées, de la fumée, du feu, et plus de 150 plans de décors de fond affichés sur mur LED. Autrement dit du lieu, de la physique, de la masse. Les comédiens ont été filmés en plateau, dirigés, éclairés.
Erwin a lâché une phrase que je garde : pour chaque plan d'effets dans la série, l'équipe en génère vingt fois plus. Le travail se déplace de la fabrication vers le tri, et trier vingt versions d'un plan de chevaux demande un œil formé, pas un stagiaire avec un bouton.
Ce que les majors ont réellement livré
J'ai passé au crible ce que les studios classiques et les studios natifs IA ont produit en 2026, et le bilan tient en deux lignes. Les majors ont signé beaucoup et livré très peu avec l'IA générative : le premier projet issu du partenariat élargi entre Lionsgate et Runway, annoncé le 11 juin 2026, est une série épisodique au format court. Les studios natifs IA livrent, mais du court, de l'hybride, de la pub et de l'animation.
Donc oui, l'IA remplace déjà des plans. Elle remplace des plans de décor, de foule, de destruction, d'insert, de prévisualisation. Elle remplace surtout des plans qui n'auraient jamais été tournés faute de budget. Ça compte. Un tournage, c'est autre chose.
Le tableau, plan par plan
Voici comment je classe les plans d'un film de fiction en 2026, en croisant ce que le tournage achète et où en est la génération. C'est mon barème, construit sur mes projets et sur les cas publics ci-dessus, pas une étude.
| Type de plan | Ce que le tournage achète | Où en est l'IA en septembre 2026 | Ce qui décide |
|---|---|---|---|
| Décor de fond, ville, paysage, ciel | Lieu | Remplacé sur mur LED et en incrustation, cas House of David | Le budget déplacement et la météo |
| Destruction, feu, fumée, eau | Physique | Remplacé quand aucun visage n'est dans le plan, cas El Eternauta | Le devis VFX classique |
| Foule, bataille, plans larges | Lieu + physique | Hybride : figurants réels devant, foule générée derrière | Le nombre de figurants payés |
| Insert, main, objet, détail | Physique | Remplacé sur la pub et le court, à condition de refaire trente fois | La tolérance au raccord |
| Gros plan de comédien dirigé | Performance | Hors livrables chez Netflix sauf validation écrite, encadré par convention depuis juillet 2026 | Le droit, puis le public |
| Scène dialoguée à deux | Performance + accident | Pas au niveau, et personne ne le demande sérieusement | Le regard, le silence entre deux répliques |
| Plan-séquence avec chorégraphie | Performance + physique | Prévisualisé par IA, tourné en vrai | La mise en scène |
L'IA gagne du terrain par le bas du plan de travail, sur les plans que tout le monde considère comme du remplissage coûteux. Sur les plans pour lesquels on va au cinéma, elle n'a quasiment pas bougé, et le débat public passe à côté de cet écart à chaque fois.
💡 Le cut de Frank : ouvre ton dernier découpage technique et surligne chaque plan où aucun visage humain n'apparaît en net. Sur mes projets, ça représente entre un quart et un tiers des plans. C'est cette zone-là que l'IA remplace en premier, et c'est elle que tu dois chiffrer en premier. J'explique la méthode dans mon guide pour préparer un découpage technique avant la génération.
Ce que l'IA ne remplace pas, et pourquoi la qualité d'image n'y change rien
Le réflexe le plus répandu consiste à penser que le tournage tient tant que l'image générée reste imparfaite, et qu'il tombera le jour où elle devient indiscernable. Je crois que c'est faux, et les trois freins que je vois ne sont pas des freins d'image.
Le frein du regard
Diriger une comédienne, c'est obtenir en trente prises quelque chose qu'elle ne savait pas qu'elle avait. Le réalisateur ne décrit pas le résultat, il le provoque. Un modèle vidéo, lui, produit à partir d'une description. Tu peux écrire « regard qui hésite puis se durcit », tu obtiendras une version plausible de cette phrase. Tu n'obtiendras pas la version que la comédienne aurait trouvée à la vingt-troisième prise parce que le partenaire a baissé les yeux une seconde trop tôt.
J'ai passé des semaines à essayer de diriger un personnage IA comme un acteur, et le mieux que j'obtienne, c'est un casting. Une bonne prise parmi quarante, que je choisis. Je fais du casting de prises. Diriger, c'est autre chose. Sur un court de cinq minutes, ça passe. Sur une scène dialoguée de quatre minutes où tout repose sur ce qui n'est pas dit, ça se voit.
Le frein du contrat
Le 4 juin 2026, les membres du SAG-AFTRA ont ratifié à 91,42 % leur nouvelle convention TV et cinéma avec les studios, en vigueur du 1er juillet 2026 au 30 juin 2030. Le texte renforce les protections sur les répliques numériques et ajoute des règles pour que les interprètes synthétiques « restent l'exception dans notre industrie plutôt que la règle », selon les mots du syndicat. Le communiqué est sur le site du SAG-AFTRA.
Quatre ans. Jusqu'à mi-2030, toute production américaine sous convention qui voudrait remplacer un comédien par un personnage synthétique doit passer par une négociation avec le syndicat. Ce frein a une date, et aucun progrès de modèle ne la fera bouger. Et en Europe, l'article 50 du règlement IA impose depuis le 2 août 2026 de révéler qu'un deepfake est généré, avec une exception pour l'œuvre manifestement artistique qui oblige quand même à signaler l'existence du contenu généré. J'en ai détaillé les conséquences métier par métier dans mon analyse des métiers de l'audiovisuel face à l'IA.
Le frein du moteur
Netflix a écrit en août 2025 que le matériel généré par IA devait rester temporaire et ne pas faire partie des livrables finaux sur ses productions, sauf validation écrite. Ce texte est parfois lu comme de la frilosité. Je le lis comme de la gestion de risque, et l'année 2026 lui a donné raison : l'application Sora a fermé le 26 avril, l'API s'arrête le 24 septembre, et un long métrage d'animation annoncé pour Cannes a raté sa première parce que son moteur a disparu.
Un tournage, une fois dans la boîte, appartient à la production pour toujours. Un pipeline de génération dépend d'un fournisseur qui peut changer ses conditions, son modèle ou fermer. Je ne vois aucun assureur de production sérieux signer un long métrage de fiction dont les plans principaux reposent sur un moteur qu'il ne contrôle pas. Ce point pèse plus lourd que la qualité de n'importe quel rendu.
Le vrai déplacement : on remplace la raison de tourner
Puisque le tournage ne disparaît pas, qu'est-ce qui bouge ? Les chiffres du CNC donnent une réponse plus intéressante que le débat.
L'Observatoire de la production cinématographique 2025, publié le 18 mars 2026, compte 290 films agréés en France, dont 228 d'initiative française, pour 1,37 milliard d'euros d'investissements. Le devis moyen d'un film d'initiative française tombe à 4,89 millions d'euros. Et 55 films, soit près d'un quart, ont été faits avec moins d'un million d'euros.

Capture de la page « À retenir » de l'Observatoire de la production cinématographique 2025 sur cnc.fr, publiée le 18 mars 2026, relevée le 19 septembre 2026.
Un quart de la production française se tourne donc avec un budget où chaque journée de plateau compte. C'est là que l'IA entre, et elle y change surtout ce qu'on décide de tourner.
Sur un film à 800 000 euros, le réalisateur coupait la scène de la gare parce qu'elle coûtait deux jours et une privatisation. Aujourd'hui, il tourne les deux comédiens sur un quai vide au petit matin, et le hall, le train, la foule du soir arrivent en génération et en incrustation. La scène existe. Le tournage aussi. Il a juste rétréci autour de ce qui compte.
Je vois le même mouvement dans l'autre sens. Des projets qui n'auraient jamais existé, parce qu'aucun financeur ne met un million dans un premier film de science-fiction, se font en court métrage 100 % IA sans caméra ni acteurs, passent en festival, et servent de preuve pour financer un vrai tournage ensuite. Le film IA arrive avant le tournage, comme une preuve de concept qu'on peut montrer.
C'est ce qu'a changé l'arrivée des nouveaux outils de génération vidéo pour les réalisateurs : le coût d'une image plausible s'est effondré. Celui d'une image juste, beaucoup moins. Et un film, c'est une suite d'images justes.
💡 Le cut de Frank : quand tu chiffres un projet hybride, ne compare jamais « jour de tournage » contre « génération ». Compare scène par scène ce que tu achètes : performance, lieu, physique, accident. Tout ce qui est lieu et physique sans visage net passe en génération, tout ce qui est performance reste en plateau. Le budget se dessine tout seul, et il est presque toujours plus petit que les deux versions pures.
Trois scénarios pour 2030, et celui sur lequel je parie
Puisqu'on me demande une prédiction, en voici trois, classées de la plus probable à la moins probable selon moi. Ce sont des opinions.
L'hybride devient la norme sans qu'on le nomme
C'est le scénario que je considère quasiment acquis, parce qu'il est déjà en cours. House of David est passé de 73 à 253 plans générés en une saison. Les murs LED affichent des décors générés. La prévisualisation se fait en vidéo IA plutôt qu'en storyboard papier sur une partie croissante des projets. En 2030, personne ne dira « film hybride » de la même façon que personne ne dit « film avec effets numériques » depuis vingt ans. Le tournage reste le cœur, la génération remplit tout autour.
Le format court et l'animation se détachent complètement
Deuxième scénario, déjà vrai sur une partie du marché : les séries courtes verticales, l'animation de volume, la publicité et une partie du documentaire de reconstitution basculent en génération majoritaire. Lionsgate y va par une série courte, pas par un long. Les studios natifs IA y sont déjà. Les festivals spécialisés ont leurs grilles, et les jurés de festivals de films IA notent précisément ce qui manque encore. Ce marché existe, il grossit, et il se construit à côté de la salle de cinéma.
Le long métrage live-action 100 % généré en salle
Troisième scénario, celui que la presse adore : un film de deux heures, photoréaliste, acteurs synthétiques, sorti en salle par un studio majeur avant 2030. Je parie contre. Pas à cause de l'image, qui sera peut-être prête. À cause du contrat SAG-AFTRA qui court jusqu'à mi-2030, de l'article 50 européen, des règles de livrables des plateformes, des assureurs, et surtout du fait qu'aucun réalisateur que je connais n'en a envie. Le premier qui le fera le fera comme un geste, pas comme un modèle économique.
Mon pari : en 2030, on tournera autant de jours qu'aujourd'hui sur les films qui comptent, et beaucoup moins de jours sur les plans qui ne comptaient pas.
Ce que je ferais à ta place, selon ton poste
Le producteur de l'introduction m'a demandé ce qu'il devait faire avec ses deux longs. La réponse dépend du poste.
Réalisateur
Apprends à prévisualiser en vidéo générée, dès maintenant, sur ton prochain projet. Le but : arriver sur le plateau en ayant déjà vu le film. Le temps gagné en tournage se rachète en prises supplémentaires sur les scènes dialoguées, et c'est là que ton film se joue.
Chef opérateur
Ta valeur monte. Les plans générés ont besoin d'un œil qui sait pourquoi une lumière est fausse, et les plans tournés doivent se raccorder à des décors qui n'existent pas. Le poste qui fait le pont entre les deux n'a pas encore de nom sur les génériques. Prends-le.
Producteur
Chiffre chaque scène avec la grille en quatre achats. Sur un film à moins d'un million, tu vas probablement libérer deux à trois jours de tournage en passant les plans de lieu et de physique en génération. Réinvestis ces jours dans le casting et la direction, pas dans la marge. Et lis les règles de livrables de chaque diffuseur avant de promettre quoi que ce soit.
Créateur solo
Fais des films entiers en génération, maintenant, parce que c'est le seul moment de l'histoire du cinéma où quelqu'un sans caméra peut apprendre la mise en scène en pratiquant. Mais regarde ce que tes films ne savent pas faire, et note-le. Ce sont les scènes que tu tourneras le jour où tu auras une comédienne en face de toi.
Les raisonnements que j'entends et où ils cassent
Quatre arguments reviennent dans toutes les discussions sur le sujet.
Le premier, c'est l'image est déjà indiscernable, donc c'est plié. L'argument suppose que le tournage sert à obtenir une image. Il sert à obtenir une performance, et ça ne se mesure pas sur une capture d'écran. Un plan de ciel parfait déplace la question sans y répondre.
Le deuxième, les studios ont signé, donc ils produisent. Disney et OpenAI ont annoncé un accord à un milliard de dollars en décembre 2025. Il n'a produit aucune image commercialisée, et l'arrêt de Sora a été annoncé trois mois plus tard. Une signature dit ce qu'un studio a envie de raconter à ses actionnaires, la production dit ce qu'il fait.
Le troisième, les syndicats vont tout bloquer, rien ne bougera, se trompe dans l'autre sens. La convention 2026 encadre les interprètes synthétiques, elle ne dit rien des décors, des foules, des destructions ni de la prévisualisation. Tout ce qui est lieu et physique bouge à toute vitesse, avec l'accord de tout le monde.
Le quatrième, le court métrage IA prouve que le long arrive, est celui que je comprends le mieux, parce que je l'ai cru. Un court de cinq minutes tient parce qu'il évite les scènes que la génération ne sait pas faire. Un long de deux heures est obligé de les affronter, toutes, et souvent dans le même acte. J'en sais quelque chose, j'ai passé cette année à construire une série épisode par épisode en génération, et les leçons de Lost Garden tiennent en partie à ce que j'ai appris à contourner.
Foire aux questions
Réponses rapides aux questions les plus fréquentes sur cet article.
Le cinéma IA va-t-il remplacer les tournages ?
Pas les tournages en tant que tels, mais une partie des plans qui les composent. En 2026, l'IA générative remplace surtout les plans sans visage net : décors de fond, destructions, foules, inserts, plans de prévisualisation. Les cas publics comme El Eternauta chez Netflix ou House of David chez Amazon montrent ce mouvement : des centaines de plans générés autour de comédiens tournés en plateau. Les scènes de jeu dirigé restent tournées, à la fois parce que la génération ne dirige pas une performance et parce que les contrats syndicaux et les règles de livrables des plateformes l'encadrent jusqu'à au moins 2030.
Quels plans un film peut-il déjà générer par IA en 2026 ?
Les plans où le tournage achetait un lieu ou une physique, sans performance dirigée. Concrètement : un ciel, une ville en fond de mur LED, un immeuble qui s'effondre, une foule derrière des figurants réels, de la fumée, du feu, des chevaux qui passent, des inserts d'objets. House of David a généré 253 plans de ce type en saison 2, dont plus de 150 décors de fond, avec 600 personnes employées sur la production. Ce sont des plans que le film aurait souvent coupés faute de budget, ce qui explique pourquoi la génération s'installe d'abord là.
Les acteurs vont-ils être remplacés par des acteurs IA ?
Pas dans les productions sous convention américaine avant mi-2030 sans négociation avec le syndicat. La convention SAG-AFTRA ratifiée le 4 juin 2026 à 91,42 % court du 1er juillet 2026 au 30 juin 2030 et pose des règles pour que les interprètes synthétiques restent l'exception. En Europe, l'article 50 du règlement IA impose depuis août 2026 de signaler les contenus générés, y compris dans une œuvre artistique. Au-delà du droit, diriger un comédien reste une opération que la génération ne reproduit pas : elle propose des prises, elle ne provoque pas une performance.
Pourquoi Netflix interdit-il l'IA générative dans les livrables finaux ?
Netflix a publié en août 2025 ses règles d'usage pour les partenaires de production. Le matériel généré doit rester temporaire et ne pas faire partie des livrables finaux, sauf validation écrite au cas par cas. La logique est celle du risque : droits sur les données d'entraînement, traçabilité, et dépendance à un fournisseur. La fermeture de Sora en 2026, avec un long métrage annoncé à Cannes qui a raté sa première, a montré ce que coûte un moteur qui disparaît en cours de production.
Un film 100 % IA peut-il sortir en salle avant 2030 ?
Techniquement, un long métrage entièrement généré existe déjà en animation et en format hybride dans les festivals spécialisés. Un long métrage live-action photoréaliste avec des comédiens synthétiques distribué en salle par un studio majeur, je parie contre avant 2030, pour des raisons de contrat, de règlement européen, d'assurance et d'envie des réalisateurs plutôt que de qualité d'image. Le plus probable est un geste isolé, présenté comme tel, pas un modèle de production. Le format court et l'animation, eux, basculent déjà.
Comment chiffrer un projet hybride tournage et IA ?
Scène par scène, en séparant ce que chaque plan achète : performance, lieu, physique ou accident. Les plans de lieu et de physique sans visage net passent en génération, les plans de performance restent en plateau. Sur un film à moins d'un million d'euros, ce tri libère souvent deux à trois jours de tournage qu'il vaut mieux réinvestir dans le casting et les prises. Je détaille l'unité de calcul et les coefficients dans ma méthode pour budgéter un projet vidéo IA.
Quel métier de tournage gagne le plus avec l'IA ?
À mon avis, le chef opérateur et le directeur de production, pour la même raison : ils sont les seuls à savoir raccorder ce qui est tourné à ce qui est généré. Un plan généré a besoin d'un œil qui sait pourquoi une lumière est fausse, et un plan tourné doit s'insérer dans un décor qui n'existe pas. Ce poste de raccord n'a pas encore de nom au générique. Les notes de l'Observatoire des métiers de la culture et des médias ne montrent d'ailleurs aucun recul d'emploi attribuable à l'IA sur les trois métiers étudiés à date, storyboard, doublage et son, et j'en parle chiffres en main dans mon analyse des métiers de l'audiovisuel.
Pour finir
Si le producteur de l'introduction suit cette grille, son premier film aura moins de jours de plateau que prévu, parce que ses scènes de lieu passeront en génération et en incrustation. Il aura plus de prises sur les scènes dialoguées, parce que les jours libérés seront réinvestis là. Et il aura un tournage, un chef opérateur, des comédiens dirigés, et des dizaines de plans que personne n'aura filmés.
C'est ça, l'avenir du cinéma IA tel que je le vois. Le plateau reste, plus petit, réservé à ce que lui seul sait faire.
Si tu veux une méthode concrète pour dessiner cette frontière sur ton prochain projet, c'est exactement ce que je fais en prestation avec les équipes de production.
À voir sur ma chaîne
Je décortique ce genre de workflow en vidéo sur ma chaîne YouTube Business Dynamite.
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